Août 212017
 

Cet article est la traduction d’un article de Louisa Thomas publié initialement en anglais sur chess.com: What I Learned From My 1st Chess Tournament

L’article a été traduit avec la permission de Louisa Thomas et de chess.com

enfants échiquier géant

J’ai préparé mon premier tournoi d’échecs pendant des semaines.

Chaque soir, je jouais une partie rapide, puis je l’analysais, revoyant mes coups pour voir où j’avais raté une possibilité tactique, où j’avais anticipé le mauvais coup, quand j’aurais pu mieux jouer pour un plus grand avantage. Je réservais un peu de temps chaque après-midi à des leçons et à des exercices sur les finales. Je faisais des exercices de tactique dans tous mes moments libres. J’ai appris à mater avec un Fou et un Cavalier. On ne sait jamais !

Alors que le tournoi approchait, je me sentais prête. Mon élo rapide sur chess.com était proche de 1400, une mauvaise estimation, je sais, mais je la prenais comme une base de départ. Deux soirs avant le tournoi, j’ai fait un test en ligne, Elometer, développé par des chercheurs de l’université de Dusseldorf. L’Elometer fournit une estimation du niveau d’un joueur basée sur ses réponses à 76 problèmes d’échecs, qui sont alors comparées au niveau de jeu des participants précédents. Certains exercices étaient très simples, et certains complexes. Certains étaient tactiques et d’autres positionnels. Certains semblaient juste impossibles. Mais la plupart ressemblaient beaucoup aux exercices auxquels j’avais consacré tant de temps durant les semaines précédentes. C’était amusant. L’estimation de mon élo a été de 1876, avec un intervalle de confiance à 95% entre 1750 et 2003.

Pas mauvais, pensais-je. Pas mauvais du tout.

Pourtant, le lendemain matin, j’étais nerveuse. Très nerveuse. J’avais l’estomac noué. Ca devait être dû au fait que j’avais soigneusement évité la compétition depuis plus de dix ans, ayant finalement internalisé le message, que j’avais reçu explicitement et implicitement depuis que j’étais une petite fille, que j’avais trop l’esprit de compétition. Ça avait aussi à voir avec le fait que la salle d’attente du club d’échecs Boylston à Cambridge, Massachussetts, était remplie d’enfants.

Les échecs sont de la stratégie. Bien sûr, c’est une guerre, mais c’est aussi un jeu d’enfants. L’histoire des échecs est l’histoire de prodiges, de petits vainqueurs aux pieds pendants, de grands-maîtres adolescents. Je savais cela, tout le monde le sait. Et pourtant, c’est autre chose d’entrer dans une pièce, s’attendant à un endroit calme et sérieux comme un tournoi d’échecs, et de vous retrouver dans une cours de récréation. Les tables étaient couvertes de paquets de chips et de boîtes géantes de crackers en forme d’animaux. Les enfants étaient agglutinés autour de quelques échiquiers, discutant de tactique, certains en russe ou en chinois. Il y avait plusieurs adultes, mais j’ai vite réalisé que, hormis quelques-uns, il s’agissait de parents et pas de participants.

Il n’y avait aussi, incidemment, presque que des garçons. Il y avait une jeune fille, en fait l’un des joueurs avec le plus haut classement du tournoi, mais c’était tout. Juste avant le début du tournoi, une femme d’âge moyen s’est approchée de moi. Elle portait un foulard avec des pièces d’échecs imprimées, son porte-monnaie avait des carreaux comme un échiquier. Elle connaissait mon nom. Elle ne jouait pas elle-même, disait-elle, mais elle voulait me dire combien elle était heureuse que je sois là. « C’est tellement bien de voir une femme ici », ajouta-t-elle.

Nous sommes entrés dans la grande salle éclairée où le tournoi devait avoir lieu. Les échiquiers était déjà installés. En face de moi était assis un petit enfant, peut-être de neuf ou dix ans; avec de grands yeux et des cheveux couleur sable. Il devait s’asseoir sur ses pieds pour atteindre l’autre côté de l’échiquier.

Enfant pendant un tournoi d'échecs

Je jouais avec les Noirs, une sicilienne. Presque tout de suite, j’ai eu des problèmes. Il s’est emparé rapidement du centre. J’oubliais d’appuyer sur la pendule. Il me regardait fixement, et finalement tournait les yeux vers la pendule.

Soudain, sans bonne raison, je perdis un pion. J’étais si inquiète à propose de ma position, mon Fou de cases blanches inutile, mon manque de coordination, ma sueur, que je n’avais pas remarqué son attaque directe. Soudain, il y eut une Dame blanche en g4. Puis, grâce à l’absence de mon Cavalier qui avait quitté f6, il sacrifia brusquement son Fou en h7. Tentant le tout pour le tout, j’utilisais mon Fou dame en fianchetto pour prendre un pion en g2, juste pour me rendre compte de l’évidence, que sa Tour glissait juste à côté de mon Fou, que sa Dame encerclait mon Roi, que j’étais complètement perdue. Je couchai mon Roi, il tendit la main solennellement. Je lui ai demandé quel était son classement. « 533 », dit-il.

Je pensais avoir mal entendu.

Ce petit garçon gagna toutes ses parties ce jour-là. J’essayais de me dire qu’il était à ce moment par lequel passent certains enfants, le moment où ils apprennent quelque chose à chaque fois qu’ils prennent le petit déjeuner. Mon adversaire suivant était un autre enfant qui, comme moi, jouait son premier tournoi. Et ça se voyait. Il se déplaçait, se levant après chaque coup, haussa les épaules quand je fis Dame avec un mat à venir. Mais je pus à peine prendre conscience de ma victoire, j’étais déjà secouée.

Pour ma troisième partie ce jour-là, je jouais contre un homme d’âge moyen classé 1200. Il apporta son propre coussin dans la salle et le plaça soigneusement sur sa chaise en bois avant de s’y asseoir. Je le fixais un moment. Il était chauve, mince, avec des yeux doux. Avant ce tournoi, je n’avais joué qu’avec une seule personne sur l’échiquier, j’étais habituée à voir un écran en face de moi, pas des visages.

Une Catalane désordonnée. Je donnai un pion, à nouveau sans raison, mais au début de la finale j’avais de bonnes chances d’annuler. Mais je n’avais aucune confiance dans ces chances. J’avais déjà perdu. Il y avait quelque chose de quasi masochiste dans la façon dont je jouai le coup a5 fatal. Il me regarda fixement, ses traits aiguisés ressemblant à un point d’interrogation. J’abandonnai quelques coups plus tard.

Mon classement fut publié quelques semaines plus tard: 492. J’essayais de programmer Schredder, le programme d’échecs que j’utilisais, à 500, pour me souvenir comme il était facile de le battre. Mais Schredder ne descendait qu’à 800.

Les échecs, pour moi, avaient toujours été un exercice quotidien d’humilité. C’est une partie de leur attrait. Mais maintenant je me sentais exposée. Je voulais arrêter de jouer aux échecs complètement. J’étais trop âgée, trop lente, trop humiliée. Je perdais mon temps. Quel était le problème ? Ce n’était même pas le classement qui me dérangeait, il y a beaucoup de joueurs qui commencent à ce niveau. Mais je prenais la différence entre mon résultat et mes attentes comme le résultat d’un référendum sur mon jeu, et sur mon vrai moi.

Un mois plus tard, j’étais de retour. Contrainte, d’une certaine façon, de continuer. De l’autre côté de la table, un autre enfant, un enfant parlant chinois, classé 1560. « Depuis combien de temps jouez-vous aux échecs ? », me demanda-t-il avant que nous commencions. Je lui répondis un peu plus d’un an, que c’était mon deuxième tournoi. Il hocha la tête, pensif. « Je suis beaucoup mieux classé que vous », dit-il gentiment, « mais j’ai eu 500 aussi ».

Je jouais avec les Noirs, une Slave, bien qu’avec ma confusion habituelle dans l’ouverture, j’avais pensé que je jouais une Française. J’avais les problèmes habituels: un Fou de cases blanches enfermé, un pion perdu sans raison. Mais je réussis à tenir, et en arrivant dans la finale de pions, je n’étais certainement pas gagnante, mais je n’étais pas perdante non plus. Le temps tournait, la tension était élevée. De temps en temps, des enfants chinois regardaient l’échiquier par-dessus mon épaule.

A la fin, je ne pus plus résister, perdis un pion bloquant et abandonnai. « Vous jouez très bien, » me dit l’enfant – il s’appelait Andrew Su – solennellement. « Mais vous aviez des chances de gain ». Il remit sur l’échiquier la position où j’avais gaffé. « Ici, a5, » dit-il, en poussant mon pion. « Tout le reste perd ». Et patiemment, il joua la fin de la partie pour moi. Il me fallut une volonté extraordinaire pour me retenir de le serrer dans mes bras.

Je gardais toutes les feuilles de parties, prévoyant d’en faire des fichiers PGN pour les analyser. J’imaginais créer une base de données de toutes mes parties en tournoi, un enregistrement splendide de mes progrès. Mais quand j’ai essayé de le faire, je me suis rendue compte que j’avais mis des Dames sur des cases où elles ne pouvaient aller, qu’il y avait des échecs inexistants. Que je ne savais pas dire quelle Tour j’avais bougée. A un moment, au lieu de Dxc3 j’avais écrit Dx33. J’avais bougé un Roi de d7 en h6, en un seul coup.

J’avais gagné cette partie, ma seconde victoire. Comment ? Je regarde la feuille de partie. Je n’en ai aucune idée.

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